Les modalités de la libération des lycéennes enlevées par Boko Haram restent à négocier

La présidence et l’armée nigérianes ont annoncé, vendredi 17 octobre, avoir conclu un accord de cessez-le-feu avec la secte islamiste Boko Haram. « Ils ont accepté de libérer les jeunes filles » enlevées dans leur lycée il y a six mois, a déclaré le premier secrétaire de la présidence, Hassan Tukur.
Jointes par Le Monde, les autorités tchadiennes confirment avoir joué les « facilitateurs » à partir du mois de septembre pour des rencontres entre la présidence nigériane et des émissaires de Boko Haram. Le chef de la diplomatie tchadienne, Moussa Faki Mahamat, précise que « cette médiation a été ouverte à la demande des deux parties, qui ont convenu de régler leurs différends par des voies pacifiques et d’effectuer des actes de bonnes volontés ».

MÉDIATION DU TCHAD

Le premier de ces actes a été « la libération, il y a une semaine, des dix otages chinois et des dix-sept Camerounais enlevés dans le nord du Cameroun », dit-il. Les deux parties, explique le ministre des affaires étrangères tchadien, sont convenues de respecter un cessez-le-feu et doivent se revoir prochainement – vraisemblablement sous huitaine – pour discuter des modalités de libération des lycéennes de Chibok. En contre-partie, les autorités nigérianes se sont engagées à libérer des membres de Boko Haram qu’elles détiennent.

A Paris, François Hollande affirme avoir reçu des « informations » sur la libération des lycéennes, qui pourrait voir lieu « dans les heures ou les jours qui suivent ». Un membre de l’entourage du président français a confirmé au Monde que des négociations avaient été engagées avec l’entremise du Tchad mais se dit prudent « tant que Boko Haram ne s’est pas exprimé ». L’autre motif de réserve est de savoir quel est le poids des émissaires de la secte sur les différentes factions du groupe.

Selon cette source, l’accord porte sur un cessez-le-feu immédiat, qui doit être suivi par la libération des jeunes filles. Elle indique également que les survols répétés des avions du renseignement américain, britannique et français ont joué sur la décision de Boko Haram d’aller vers une solution négociée, car les militants « craignaient que ce soit le préalable à des frappes aériennes ».

LA CRÉDIBILITÉ DES AUTORITÉS SÉRIEUSEMENT ENTAMÉE

Le 15 avril, des hommes armés avaient pris d’assaut l’internat du lycée public pour filles de Chibok, mettant le feu à plusieurs bâtiments, avant de tirer sur les soldats qui gardaient l’établissement. Ils avaient ensuite obligé deux cent soixante-seize jeunes filles âgées de 12 à 17 ans à sortir et les avaient fait monter dans des camions, avant de s’enfoncer dans la végétation dense de cette région reculée. Plusieurs dizaines d’adolescentes avaient réussi à s’enfuir.
Des négociations en sous-main ont été menées depuis plusieurs mois entre les autorités et la secte islamiste. Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chargé de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), appelle toutefois à la prudence. « Il faut les remettre dans le contexte de la campagne pour les élections générales dans le pays. (…) Et la crédibilité des autorités a été sérieusement entamée par l’annonce, à trois reprise, de la mort du chef de Boko Haram, Aboubakar Shekau », rappelle le chercheur.

D’autres doutes ont été émis à l’encontre de Danladi Ahmadu, que le secrétaire de la présidence présente comme son interlocuteur au sein de Boko Haram, et qui a donné une interview à la radio vendredi matin. « Je n’ai jamais entendu parler de ce monsieur, et si Boko Haram voulait déclarer un cessez-le-feu, cela viendrait de leur chef, Aboubakar Shekau », a estimé Shehu Sani, un spécialiste de Boko Haram qui a négocié à plusieurs reprises avec le groupe islamiste aux côtés du gouvernement nigérian.

Dans le même temps, le ministère de la défense camerounais a annoncé que de violents combats s’étaient déroulés mercredi et jeudi dans l’extrême-nord du Cameroun, près de la frontière avec le Nigeria, tuant « huit soldats camerounais » et « cent sept combattants de la secte » Boko Haram.

Par Lemonde.fr

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