Double attentat de Mora: Elie Ladé, l’inspecteur qui a évité un carnage

L’inspecteur de police principal, Elie Ladé, 53 ans, s’est sacrifié dimanche dernier, épargnant à Mora une boucherie.

Il s’appelait Elie Ladé. Cet inspecteur de police principal, en service au commissariat de sécurité publique à Mora, était un policier consciencieux. Il a quitté son domicile au quartier Barama ce 20 septembre, à 6 h, pour prendre service au poste de Guirbala, situé à trois kilomètres de Mora, chef-lieu du département du Mayo-Sava. Comme à l’accoutumée. A une trentaine de kilomètres de Kolofata, chef-lieu de l’arrondissement éponyme qui a aussi connu un double attentat-suicide quelques jours auparavant. Ces derniers jours, les terroristes de Boko Haram, basés à Maiduguri dans l’Etat de Borno au Nigeria voisin, font planer le spectre de l’insécurité, en multipliant des attaques dans les villages frontaliers de trois départements du Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga, Logone et Chari. Mais, nos forces de défense et de sécurité, sur-le-qui-vive, veillent au grain.
Voila le contexte dans lequel Elie Ladé travaillait. L’homme s’est sacrifié pour la patrie qu’il servait avec dévouement.

Il a été tué dans le double attentat-suicide dans l’exercice de ses fonctions.  En payant de sa propre vie lors de l’interpellation de deux jeunes filles (utilisées comme « bombes humaines » par la secte Boko Haram). En exploitant le renseignement qu’un membre de comité de vigilance lui a soufflé, Elie Ladé a surpris des terroristes en pleine conversation suspecte avec leur guide, à deux pas de son poste de travail. En bon flic, il a flairé le coup.
Les deux gamines sont démasquées. Le coup est éventré. L’une des kamikazes se fait exploser, tuant ainsi son guide et l’inspecteur de police principal. La deuxième «bombe humaine », en prenant la poudre d’escampette choisit de se faire exploser, elle aussi, proche d’un paisible agriculteur en train de vaquer à ses occupations champêtres. Le bilan est de cinq morts, bien en deçà de la boucherie humaine planifiée par les terroristes de Boko Haram dans le marché de Mora.

Simple coïncidence ou ironie du sort ?
Ladé, originaire de Limani, signifie, en langues locales, « dimanche ». Et il meurt un dimanche… Grâce à sa vigilance, son patriotisme et son sens de sacrifice, il a permis d’éviter une boucherie que ces « kamikazes», s’apprêtaient à commettre au marché central de Mora. Quand on sait que c’est le dernier dimanche, précédant la fête de la Tabaski prévue ce 24 septembre, l’intention des terroristes était clairement de commettre un carnage au marché de Mora.
Ces terroristes ont choisi, à dessein, un jour de très grande affluence, le dimanche, pour planifier des opérations suicidaires sur le marché de Mora. Le double attentat est survenu au lendemain du passage du ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o. Manifestement, ces terroristes ont voulu tenter de décrédibiliser le message de mobilisation transmis aux forces de défense et de sécurité ; la collaboration prônée entre ces forces et les populations locales ainsi que les comités de vigilance.www.237online.com Ils ont raté leurs objectifs. En accomplissant son devoir avec abnégation, Elie Ladé a stoppé les velléités maléfiques de ces « bombes humaines » qui visaient le grand marché. Ce héros national qui laisse six enfants et une veuve s’inscrit dans la lignée de ces compatriotes des comités de vigilance qui ont donné aussi leur vie, en s’interposant ou en interpellant des terroristes qui s’apprêtaient à commettre des boucheries dans les villes de Kolofata, de Kérawa… Ces véritables patriotes méritent les hommages de toute la nation, au même titre que les égards dus à nos vaillants soldats dont certains sont tombés au front, pour défendre l’intégrité territoriale de notre pays.

Témoignages
Boubakari Djingui, cousin du défunt: « C’était le porte-parole de la famille »
« Elie Ladé était certes mon cousin, mais pour moi, il était plus qu’un père. Il était très attentionné et c’est lui qui plaidait notre cause devant les parents. C’était lui le porte-parole de notre famille. Il nous traitait au même niveau que ses propres fils.
Quand il voulait offrir un cadeau, il ne faisait pas de distinction entre les membres de la famille. Nous étions traités au même pied d’égalité. Pour lui, l’intérêt de la famille primait sur tout. C’est comme si sa propre vie n’était pas importante. Il était très accueillant et quand on arrivait chez lui, il ne voulait pas que l’on rentre bras ballants».

Antoine Mbédi Elah, chef de service de la communication et des relations publiques à la délégation régionale de la Sûreté nationale de l’Extrême-Nord.
«Elie Ladé, un fonctionnaire de police dévoué »
« L’inspecteur de police principal Elie Ladé a été un fonctionnaire dévoué et consciencieux.
Il a été malheureusement victime des terroristes. Il respectait toutes les consignes. Il était à l’heure au service. Il postulait même déjà à un nouveau grade.
C’est une perte énorme pour la Sûreté nationale à l’heure où nous sommes appelés à répondre à ce défi majeur de lutte contre l’insécurité. Un fonctionnaire de moins, c’est très difficile à remplacer parce que nous savons que nous avons davantage besoin d’hommes pour lutter contre les terroristes. Un vide énorme est laissé au sein de la famille policière. Nous pensons que son âme va reposer en paix et qu’il va servir d’exemple pour les nouvelles générations afin que les forces de police et de défense en général ne baissent les bras dans la bataille pour éradiquer cette secte terroriste».

Mamoudou Papier, élève inspecteur de police: « Il nous a dit qu’il faut savoir mourir pour les autres »: « L’inspecteur de police principal Elie Ladé était un aîné exemplaire dans le métier.
J’ai eu le cœur serré quand j’ai vu son fils passer en pleurant quelques minutes après le décès de son père. Loin de nous décourager, sa mort va plutôt nous galvaniser à redoubler de vigilance quand nous travaillons. Il y a deux mois environ, il me conseillait en disant qu’il faut de la discipline quand on travaille. Il m’a dit que l’on doit accepter de mourir pour les autres. Je ne sais pas s’il savait déjà la manière dont il allait mourir. Même au sein de sa famille, c’était quelqu’un qui ne négligeait aucun détail. Il surveillait tout. Chaque fois que le temps le permettait, il faisait un tour à la maison pour vérifier qu’il n’y a pas un détail à régler ».

Olivier LAMISSA KAIKAI / 

 

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