Cécile Eke : « Mon 1er album Ongola apporte un plus à la musique originelle camerounaise »

Sa maturité peut être considérée comme l’une des forces de sa présence sur la scène musicale camerounaise.  Cécile Eke est une belle femme qui sait que c’est par l’ardeur au travail qu’on obtient les clés de la reconnaissance nationale comme internationale. Motivée par l’histoire de Yaoundé où se trouvent ses racines, sa passion accrochée à ses rêves aidant, Cécile chante, pose les ondes mielleuses de sa voix sur des thèmes à la fois actuels et intemporels… Entre occupations, préoccupations et envies de retrouver son amour de toujours : la musique ; l’enfant du Centre Cameroun offre aujourd’hui à l’industrie musicale de son pays un cocktail de sonorités exceptionnels et tout à fait représentatif des bonnes sauces diverses et incroyables que le public camerounais attend. Cet entretien agréable avec Cécile Eke nous a permis de livrer ses premiers mots sur son tout premier album de 09 titres « Ongola ».

Salut Cécile, peux-tu nous raconter ton parcours avant la sortie de ton premier album ?

C’est un peu atypique comme parcours, j’ai commencé comme la plupart des personnes à chanter à la maison et j’aimais bien ça ! Dans l’adolescence, je suis rentrée dans la chorale et puis après je me suis retrouvée dans les studios d’enregistrement notamment chez Touche la Touche, derrière le capitole (Centre-ville de Yaoundé) où j’ai fait les chœurs chez certains chanteurs…  et puis c’est là où je suis remarquée par Kayou le Saxophoniste, désormais en France. En ce moment-là en 1998, il est entrain de créer un groupe et me demande si je veux être sa chanteuse ! Et c’est comme ça que je suis devenue la chanteuse du Kayou Band qui n’a pas été jusqu’au bout de l’aventure ; étant donné que Kayou est parti pour le Conservatoire et moi, à un moment je suis repartie dans mes études. Ça c’est un peu disloqué, l’aventure a été un peu disparate mais on a fait un bout de chemin dans l’aventure musicale. Et c’est comme ça que je rentre dans la musique. Suite à des contraintes de convictions religieuses, familiales, j’avais arrêté ! Et puis, comme ça me poursuivait un peu comme un amour qu’on a pu satisfaire, je me remets 12, 13 ans plus tard ; et je fais mon premier album que je présente aujourd’hui qui s’appelle « Ongola ».

 

Il y’a eu 12 ans d’écart entre vos premiers pas dans la musique et votre retour. Ne sentiez vous pas que vous avez perdu un tout petit peu la main ou bien cette verve est-elle toujours restée intacte ?

En dehors du talent, il faut beaucoup de travail ! Justement à un moment je pensais que j’étais super talentueuse, que je pouvais aller me coucher 10 ans chez moi et puis revenir sur la scène. Mais je me suis bien cassée le nez parce que quand je reviens pour faire mon premier album, j’appelle les gars pour les répétitions, je me rends compte que ma voix, ce n’est plus ça. Donc, je rentre maintenant en cours de chant pendant deux (02) mois, carrément stage bloqué ! J’ai dû réapprendre à chanter juste… Remaîtriser ma voix pour faire cet album. Il y’a eu ce temps là et j’en ai fait les frais mais je ne regrette pas d’avoir repris.

 

Cécile Eke, votre nom  est-il du Centre ou du Littoral ?

C’est vrai que ça dépend de l’endroit où on se trouve hein. Si tu es à Douala ou à Yaoundé, la prononciation diffère. Je suis du Centre effectivement !

 

D’ailleurs on le confirme dans les chansons de votre premier opus « Ongola », que vous allez bien sûr nous disséquerez.

Ongola entendez Yaoundé d’où je suis originaire, c’est un hommage à toutes ces familles sont restées debout malgré qu’en faveur de l’implantation de la capitale Yaoundé, on les a carrément expropriés notamment la mienne ! Donc pour dire que Yaoundé, ça n’a pas toujours été les immeubles, les hôtels, les restaurants, les hôpitaux, etc. C’était des villages des personnes et puis, pour que la capitale, ces personnes-là ont été expropriées. Mais c’est des personnes qui sont restées debout qui continuent d’exister, d’avoir une culture et des valeurs culturelles malgré que la ville les ait un peu dissolu ! Notamment dans Ongola, il y’a des titres qui vous parlent des gens qui ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils sont comme dans le titre « Foe Té », il faut s’aimer tel qu’on est ; je parle de la paix ; du manque de tolérance parce qu’aujourd’hui on a plein d’église mais on a beaucoup plus de guerre entre les gens pourtant il y’a beaucoup de gens qui se réclament être très chrétiens, être très croyants en un Dieu miséricordieux et bon bizarrement. Donc, il y’a très très peu de tolérance ; je parle aussi des hommes qui méprisent leur femme sous prétexte de la dot, la femme est un matériel parmi les meubles dans la maison…

Vous avez laissé la musique 12 ans, y’a-t-il un plus dont a bénéficié Cécile entre vos voyages à Mbeng et votre silence ?

C’est un truc qui ne m’a jamais quitté. J’ai arrêté un moment, j’ai aussi eu le temps de faire mon fils. La musique c’est une passion qui cherchait à sortir à chaque fois, elle ne m’avait pas quitté et elle a fini par gagner et je me suis exprimée dans Ongola mon album.

Au vu de votre retour sur la scène musicale camerounaise, y’a-t-il des featurings sur votre album ?

Oui, j’ai effectivement fait un featuring avec quelqu’un de super sympathique que je ne connaissais pas particulièrement avant. Ce n’est pas vraiment dans le style que je fais mais c’est quelqu’un qui m’impressionne par sa simplicité, sa façon de dire les choses… et du coup j’ai beaucoup apprécié !

Quel regard portez-vous sur la musique camerounaise aujourd’hui ?

C’est un peu compliqué ! Quelqu’un m’a dit tu as choisi un couloir qui n’est pas vendeur mais ce n’était pas la première idée ! Ce serait super que je vende des millions et des millions d’albums mais ce qui serait beaucoup mieux encore c’est que les gens comprennent et aiment ce que moi j’aime autant que moi-même j’aime parce que j’ai choisi de faire un style Roots ; de l’Ekang , de l’Afro Pop et tout ça… On m’a dit que c’est la musique de festival ! Bah tant mieux, il faut aussi des gens pour des festivals ! Le brassage des cultures c’est bien mais j’ai l’impression qu’en ce moment, c’est dissout, il y’a des gens qui ont perdus leur essence originelle. Et puis on fait beaucoup plus de vente. C’est tant mieux pour ceux qui adorent danser parce qu’il faut aussi de tout pour tous car il y’a un public pour tous. Chaque public choisit son style car il est divers et ondoyant… Moi, je ne dis pas il faut jeter tel et puis laisser tel, non ! Chacun a un public qui l’apprécie. Et vraiment sincèrement, on y va tous…

Qu’est ce vous préparez pour la sortie récente de votre tout premier album « Ongola » ? Y’a-t-il un show ?

Pour le moment, on a fait un showcase à Douala au Cabaret La Chaumière ; on y a fait un Déjeuner de Presse qui a plutôt été bien accueilli et puis, j’ai fait beaucoup d’émissions radios juste après. Et maintenant, on prépare la soirée dédicace de Yaoundé qui est censée avoir lieu au Bois d’Ebene, normalement prévue malgré que la date ne soit pas encore bloquée ! C’est prévu pour le 14 novembre. Pour le moment, c’est la date annoncée mais qui pourrait changer suivant les disponibilités des uns et des autres parce que c’est une soirée live. Je joue avec des professionnels qui jouent très souvent avec l’orchestre national. Donc, il y’a des choses qui peuvent faire changer le calendrier.

Quelle est l’ambition musicale de Cécile Eke ?

C’est d’aller plus en avant encore ; le but d’abord c’est d’apporter quelque chose sur ce que d’autres personnes ont déjà conçu parce que je n’invente pas le monde. Aujourd’hui, je voudrais apporter un plus encore à la musique originelle camerounaise ; principalement de chez moi au Centre,  apporter ma pierre à l’édifice et maintenant la promouvoir plus loin encore, hors des frontières, hors de l’Afrique et un peu partout. Donc forcément, les objectifs c’est de sortir, faire les festivals, les scènes internationales.

Votre dernier mot ?

C’est super difficile avec moi, mais j’aimerais que les gens mettent plus d’attention, qu’ils donnent de leur temps pour écouter ce qu’il y’a de nouveau parce que c’est souvent un peu difficile quand on n’a pas de nom. Mais c’est souvent bien aussi de découvrir quelque chose de nouveau et de bien. Il n’y a pas que les déjà fait qui existent. Il faut donner de la place à tout le monde…

Merci Cécile Eke et bonne chance pour la suite.

Merci beaucoup.

 Par Prince de Bangoua

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